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Lettre 523·XIX, folios : 142 143
Arlaud, Jean, seigneur de Névache alias Jean-Louis Borel, dit La Casette
M. de Gordes
Lettre non liée
Date non renseignée
Exilles
Grenoble
,

Transcription

1
Monseigneur, je receuz dernierement votre lettre par Augustin, vous merciant
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humblement la souvenance qu’il vous a pleu avoir d’escripre à la court
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pour notre payement du passé, de quoy vous promectz aurions bien besoing,
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aultant le cappitaine que les soldatz ; car jusques icy de troys
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ans et demy que j’ey servi, me sont deubz entierement trente moys
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et plus, tellement que, avec ce que ceste place m’a esté propre pour
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tenir hostellerie aux passantz, et cognoissantz ansemble d’autres
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despences qu’il y a convenu fère, y estant l’estat et moyen si petit,
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ne voys plus que je y puisse longuement endurer, mesmes que ne scey
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quel moyen tenir pour y entretenir les soldatz, estantz en si peu de nombre
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et la paye reduict si bas et aussi qu’il vous a pleu nous hoster
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le boys de La Garde que ne scavons comment entretenir, estant le lieu froit
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et si haustère qu’il est comme chacun scayt, que me donne grand peine pour ce que
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les soldatz ne pourront patir ; et mon estat qu’on m’a reduict pour
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fère le roy riche, à dix escus le moys, ne souffiroit pas seullement
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audit boys et messagers qu’il y fault mander de plusieurs coustez, quand
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le temps le requiert, pour entendre nouvelles et maintenir l’honneur
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et respect du service de sa magesté. Tant que jespère, avec votre
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congé que je vous supplie me donner, aller brief vers vous et à la court
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pour men acquicter le mieulx que je pourrey, ayant en premier votre
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bon advis s’il vous plaist, car il me semble que ma bonne volunté
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et mes petitz services ne meritent encor d’estre du tout obliez.
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Au reste, Monseigneur, tochant ce qu’il vous a pleu me comander
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vous mander mon advis sur ce que touche pour reduyre ceulx de
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Pragella, pour vous en parler rondement et sans sperer rien sur
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cest effect là, je n’y voys aultre chemin ne plus prompt
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expedient, pour les reduyre et fère hobeyr, que de y fère
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[v] ceste primevère les deux fortz, desquelz vous ay jà escript avoir
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esté ordonnez du temps du feu roy Françoys dernier, que Dieu absolve, dont
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l’ung se feroit au château de Mentolles, qu’ilz ont miné et faict
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soubstenir sus des pillotiz à poinct de mectre à terre, ce que pence
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n’auseront fère maintenant ; et demeurant encor comme il est se
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mectroit en ordre et en bonne deffence pour quatre ou cinq mil francz,
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ayant la ville de Mentolles close tout joingnant. L’aultre fort
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se feroit à La Sochière, distant dellà troys grandz lieues, où seroyent
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enfermez quatre ou six grandes maisons separéez des autres,
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tout à propos sur le grand chemin, au lieu plus convenable
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de toute la valée, avec sa fontaine dedans, où seroit requis
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seullement une cortine à carré pour enfermer le tout avec quatre
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torrelles pour flanquer ; que ce feroit pour dix ou douze
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mil francz ; ce que sa magesté ne doibt espargner pour si bonne
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occasion, oultre que le tout seroit bien remboursé pour
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ceulx qui desireroyent jouyr de leurs biens. J’açois que
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le meilleur seroit y fère une collonnie nouvelle, actendu
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leur meschante obstination, n’ayant jamais volu, avant
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les premiers troubles, obeyr ausdits arrestz de la court ;
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que ne se doibt oblier maintenant, voullant continuer
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comme ilz font. Ilz y preschent d’ordinaire en sept
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ou huict villaiges et ont plusieurs ministres, la pluspart
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estrangers, et disent qu’ilz obeyront au roy en tout, orsmis
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en cella que touche leurs consciences ; et me l’ont ainsi declairé
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naguières les plus principaulx, dont aulcuns se veullent
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[143] absenter, voyant le peuple si imbut et obstiné en ceste malheurté,
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tellement que pour leur fermer le commerce seullement, combien qu’il
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soit très necessaire pour les affoiblir et pour veoir cependent
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leur contenence, pour cella ne se reduyront jamais, d’autant
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que leur valée est attachée aux valéez d’Engrongne, de Saint-
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Martin et Luzerne, subgectz à son Altesse, qui ne larront pour
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toutes prohibitions de les secourir pour estre confederez, tout
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de noveau et tout d’une secte, comme ansemble sont la pluspart
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des valéez de Queyras et de Sezane, qui leur presteront tousjours
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la main comme ilz ont faict au passé, pour les favoriser de tout
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leur possible ; et fauldroit pour les engarder, une garnison
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de tous coustez ; et si y auroit affaire, car je cognoys le pays
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et les gens, et où vous treuverés à la fin autrement que ce dessus,
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quelques promesses qu’ilz facent. Je me soubzmectz à en porter
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la peine pour eulx, ou bien Notre Seigneur y mectroit la main
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dabonnessient pour les convertir et fère changer d’oppinion.
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Sur quoy je m’en remectz à son bon plaisir, m’asseurant que
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vous considerez le tout mieulx que ne vous scauroys escripre,
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me tenant sur ce tousjours prest pour obeyr à vous commandementz
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d’aussi bon cueur que je prie le Createur,
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Monseigneur, vous donner en bonne santé très longue et
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très heureuse vie. D’Exilles, ce XXIe octobre 1572.
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Votre très humble et
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très hobeyssant serviteur
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Lacasette